Grégoire MAISONNEUVE

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Paysages Paysans

"Chaque pays est habillé d'un vêtement humain particulier, habité et travaillé par l'homme d'un paysage, celui que l'on appelle justement un paysan."

(Pierre Deffontaines)

“ On a fait élaguer ces chênes un an avant que la photo ne soit prise. Je ne suis plus en age de monter dans les arbres avec une tronçonneuse ! Je le fais faire par un entrepreneur, qui vient avec une nacelle. Je crois que je lui avais demandé de laisser la grosse branche du chêne du milieu, car je la trouvais jolie. Comme les petites en haut des deux autres chênes, elle sert de tire-sève, pour que la sève continue de monter dans le tronc et que lʼarbre ne meurt pas.

Lʼémondage se fait traditionnellement tous les neufs ans. Cela correspond en fait aux usages locaux, qui étaient inscrits dans les baux ruraux dès le XIXe siècle : la règle était que le fermier devait émonder chaque arbre de la ferme tous les neufs ans. Le bois dʼémonde était sa propriété, il en faisait des fagots, mais le « gros bois » restait au propriétaire des terres. Par contre, un arbre mort revenait au fermier. Certains faisaient exprès dʼen laisser mourir…

 Maintenant, le but de lʼémondage est moins de faire du bois de chauffage, cʼest plus pour que les branches ne gênent pas le matériel. La façon dont on le fait par ici est un peu sévère, mais lʼémondage donne aussi un coup de jeunesse à lʼarbre, ça le stimule.

“ On a fait élaguer ces chênes un an avant que la photo ne soit prise. Je ne suis plus en age de monter dans les arbres avec une tronçonneuse ! Je le fais faire par un entrepreneur, qui vient avec une nacelle. Je crois que je lui avais demandé de laisser la grosse branche du chêne du milieu, car je la trouvais jolie. Comme les petites en haut des deux autres chênes, elle sert de tire-sève, pour que la sève continue de monter dans le tronc et que lʼarbre ne meurt pas. Lʼémondage se fait traditionnellement tous les neufs ans. Cela correspond en fait aux usages locaux, qui étaient inscrits dans les baux ruraux dès le XIXe siècle : la règle était que le fermier devait émonder chaque arbre de la ferme tous les neufs ans. Le bois dʼémonde était sa propriété, il en faisait des fagots, mais le « gros bois » restait au propriétaire des terres. Par contre, un arbre mort revenait au fermier. Certains faisaient exprès dʼen laisser mourir… Maintenant, le but de lʼémondage est moins de faire du bois de chauffage, cʼest plus pour que les branches ne gênent pas le matériel. La façon dont on le fait par ici est un peu sévère, mais lʼémondage donne aussi un coup de jeunesse à lʼarbre, ça le stimule. "

" Ce paysage est assez peu boisé, on voit bien que le remembrement est passé par là. En fait, je dirai que les arbres quʼon voit ici sont un peu lʼéquivalent des résistants pendant la guerre ! Ils sont là, alors quʼen toute logique ils nʼauraient pas dû pouvoir pousser : tout était contre eux. Ils se sont implantés après le remembrement, dans un espace très restreint pour survivre : vingt centimètres plus à lʼintérieur du champ, ils se faisaient manger très jeunes par les vaches, vingt centimètres plus près de la route, cʼétait lʼépareuse communale qui les coupait… Ils ont poussé chacun juste au pied dʼun poteau de clôture, ce qui les a sauvés! Il y a un chêne au premier plan, les autres sont des frênes. Je ne fais pas de pâturage tournant, au fil. Je préfère mettre les vaches ensemble sur un grand champ, et quʼelles y restent longtemps. Cela crée une notion de troupeau plus forte : les animaux se déplacent ensemble au fi l de la journée, ils sont plus calmes, plus paisibles, moins avides dʼherbe fraîche en permanence. "

" On est en plein été, lʼherbe est desséchée, on dirait du paillasson ! Cʼest pour ça que je mets le râtelier autour duquel on voit les génisses : pour pallier le manque dʼherbe avec du foin. Cette année, jʼai sorti les bêtes en avril, et jʼai mis le râtelier début août. Grâce à lui, je peux les maintenir en pâture plus longtemps : cʼest meilleur pour leur bien-être de rester en plein air, mais cela permet aussi de consommer moins de paille pour la litière. Et de produire moins de fumier. Sur la parcelle où sont les génisses, on aperçoit une éolienne. Grâce à elle, jʼai toujours de lʼeau à volonté pour les bêtes : elle pompe dans la nappe phréatique et alimente les bac où un système de flotteur maintient un niveau constant. Du coup, je nʼai même pas de tonne à eau. Cette source, cʼest de lʼor ! Elle alimente aussi la maison. Je fais analyser lʼeau tous les ans, il nʼy a pas de nitrates. Ici, ça a été remembré, on voit à gauche un des seuls talus qui est resté, avec ses chênes. Lʼombre, cʼest important pour le bien-être animal. Et les arbres protègent aussi du vent. Jʼa replanté des haies avec lʼaide du Conseil Général : ils fournissent les plants et la bâche, et on sʼoccupe du reste. On est ici au croisement de trois parcelles : celle où sont les génisses, celle à gauche du bac, et celle qui débute devant à droite. Au printemps, je fais tourner les génisses sur les trois, environ tous les quinze jours, pour que lʼherbe se régénère. En été, elles vont librement sur les trois. Le fi l est en hauteur, pour pouvoir passer dessous en tracteur ou en quad sans être obligé de sʼarrêter pour lʼenlever ! "

" Cette photo représente bien mon exploitation, juste en bord de mer. A droite, cʼest la pointe de la Roche Froide, avec devant la plage du Saussay. Cachée derrière, il y a la pointe du Grouin. La nature est très belle comme ça, il ne faudrait rien changer ! Les champs de choux, bien cultivés, alignés, cʼest magnifique dans le paysage. Cʼest bien dommage quʼon ne puisse plus vivre que de ça… Ces choux ont été plantés en juillet, ils seront récoltés en décembre ou janvier. Il y a trois variétés différentes : lorien (au premier plan), belot, et jef. Ce sont des variétés qui conviennent très bien au terrain, qui est rocailleux. En plus, comme cʼest orienté nord-est, cʼest sec, il y a peu de risque de gel. Le GR côtier passe juste derrière la parcelle du fond. C'est bien que tout le monde puisse profiter de ce paysage. Il y a beaucoup de passage. Lorsque nous semons les choux, les gens nous photographient ! Souvent, on aimerait bien pouvoir discuter plus avec eux, mais nous sommes en plein boulot, on nʼa pas vraiment le temps… "

" Cʼest une parcelle pour le pâturage. On ne fait pas de culture là, à cause du ruisseau. Les contraintes environnementales nous obligeraient à faire une bande enherbée, qui réduirait trop la surface. Et puis aussi cela convient aux bêtes : le ruisseau est agréable pour les animaux, il leur apporte de la fraîcheur. Et ils se plaisent bien sous les arbres. Même nous, on aime bien venir par là : on entend les cascades. Cʼest le charme de la nature. Le long du ruisseau, ce sont des chênes mélangés à de la saule, et du houx. Pour lʼentretien, on dégage un peu les clôtures, mais se sont surtout les bêtes qui entretiennent : on laisse la nature faire. La haie du fond, cʼest différent : il faut faire de lʼentretien, pour pouvoir passer le matériel (il y a un chemin derrière). Ces chênes ont été émondés il y a deux ou trois ans, et avant cʼétait il y a quinze ans. Normalement, ça se fait tous les neufs ans. On se sert du bois pour chauffer la maison. "

" Ce maïs est dʼune variété dite demi-précoce. Là, il a presque deux mois. Il a été semé après que la parcelle soit restée cinq ans en pâture. Je fais une rotation des cultures : un ou deux ans de maïs, un an de blé, puis cinq ans dʼherbe. Lʼintérêt, cʼest que la terre se repose quand elle est en prairie, et que le pâturage par les bêtes apporte beaucoup de matières organiques : cela donne de meilleurs rendements pour les cultures qui viennent ensuite. Il y a deux variétés différentes mélangées dans ce champ, cela favorise la pollinisation. Elles sont semées un rang sur deux. On remarque bien la différence entre les deux variétés dans la vigueur de départ, ensuite cʼest plus diffi cile de les distinguer. On voit que le rang qui part du coin en bas à gauche de la photo est plus petit que les autres, et les feuilles sont moins belles : il a dû être écrasé par une roue du tracteur quand jʼai fait le deuxième passage de désherbage. Je fais toujours deux désherbage post-semi : le premier lorsque le maïs a trois feuilles, et un autre de rattrapage lorsquʼil en a six à huit. Jʼélague les chênes quʼon voit en haut tous les six ou sept ans environ, en général avant de faire du maïs, pour que les branches ne gênent pas le passage des engins. Balazé a été remembré en 1966, de façon assez radicale, avec un aménagement très géométrique des parcelles. Les talus ont été rasés, seuls certains arbres sont restés. Mais depuis, beaucoup de haies bocagères ont été replantées. "

" Jʼaime bien cette photo, car elle met en valeur la présence des vaches dans le paysage : un paysage sans animaux, je trouve que cʼest un peu vide. Quand il y en a, cʼest plus vivant. Ce champ sʼappelle « le pointu », il a une forme de triangle. On le laisse en herbe presque tout le temps, car il est pentu et nʼest pas facile à cultiver. Ici, on est entouré de plusieurs petits bois, où se réfugient sangliers et chevreuils. Les sangliers aiment venir dans les pâtures pour manger des vers de terre : ils soulèvent la terre avec leur groin, et la retournent par endroits pour trouver les vers. Ils creusent en cercle, et cela fait des trous et des bosses, qui gênent lors du passage des outils, avec le risque de retrouver de la terre dans lʼensilage. Dans les parcelles de maïs, ils couchent les pieds pour pouvoir manger les poupées. Les chevreuils posent plutôt problème dans les plantations de haies : ils mangent lʼécorce des jeunes arbres. Auparavant, jʼétais habituée à un paysage plat. Il mʼa fallu du temps pour apprécier le relief dʼici. Les collines me donnaient lʼimpression dʼavoir un champ visuel fermé. Maintenant, en allant travailler, je me régale à observer la vue, dont les couleurs varient avec les saisons. "

" On a dix-huit hectares de prairies naturelles permanentes, des terrains où il nʼest pas intéressant de cultiver : Ils sont trop humides ou situés au bord dʼun cours dʼeau, comme cette parcelle. Si le chêne au premier plan de la photo est toujours là, en plein champ, cʼest parce quʼil est sur une prairie permanente où on ne travaille pas la terre avec les engins. Là, lʼarbre ne gêne pas. Sur une parcelle cultivée, il aurait été supprimé ! Lʼalignement de chênes qui entoure la parcelle longe un chemin, et correspond à une dénivellée du terrain qui chute brusquement dʼun mètre environ. Les chênes sont élagués de façon à ce que le matériel puisse passer sans être abîmé. Pour les prairies permanentes, il nʼy a pas besoin dʼélagage, les animaux sʼen occupent. Mais aujourdʼhui, avec les contrôles PAC, les talus ne doivent pas être trop larges, sinon on est pénalisé. Cʼest lʼadministration… Tout au fond à lʼhorizon, à gauche du tronc du chêne sur la photo, on devine un talus quʼon a créé et planté dʼarbres : chênes, châtaigniers, pommiers sauvages, sureaux, néfliers. Sur l'exploitation, dans le cadre dʼune restructuration foncière, deux kilomètres de talus ont été arrachés, et trois kilomètres replantés. On nʼest pas écolos, mais pour nos enfants ce sera mieux. De toute façon, on aura toujours besoin de bois pour se chauffer, et sur une butte ventée comme ici, ça protège. "

" La photo montre lʼentrée dʼune parcelle, face à une barrière qui rejoint lʼexploitation. Entre les deux passe une route communale. La parcelle est semée en ray-grass anglais et trèfle blanc. Elle fait presque douze hectares, divisés en quatre paddocks où je fais tourner successivement les animaux. Je fais une rotation des cultures sur six ou sept ans : maïs, blé, ray-grass. La parcelle a été drainée en 1990. On y voit des génisses limousines gestantes, qui vêleront à la mi-avril. Le talus est une limite de propriété. La haie est faite de jeunes chênes à gauche, et dʼajoncs à droite. Je taille côté parcelle tous les ans pour dégager les fils de clôture, à la débroussailleuse sans désherbage chimique. La commune sʼoccupe du côté route. Les arbres au fond sont des chênes que jʼai émondés il y a deux ans, car il y avait trop de glands. Les vaches aiment beaucoup ça, mais si elles en mangent trop ce nʼest pas bon pour elles : cela empêche la caillette (une des poches de lʼestomac des ruminants) de bien fonctionner, et elles digèrent mal. "

" Cʼest un champ de huit hectares et demi, qui a été semé en maïs dix jours avant que la photo soit prise. Nous faisons le semi direct sans labour (en combiné), cʼest-à-dire en un seul passage, le tracteur étant équipé de plusieurs outils : à lʼavant se trouve un cultivateur, à lʼarrière un décompacteur-fissurateur, une herse rotative, et enfin le semoir. Ce système permet dʼéconomiser du fioul, mais demande un investissement important dans le matériel, même en copropriété. Les rangs quʼon voit au premier plan sont tracés dans le sens de la largeur du champ : ils correspondent à lʼespace de quinze mètres dont les machines ont besoin pour faire demi-tour lors de la récolte. On travaille sur la longueur de la parcelle dʼabord, on sème sur cette bande en dernier. Trois jours après le semi, mon mari — qui sʼoccupe plus que moi des cultures — a fait un traitement herbicide : cela explique les traces de demi-tour sur les rangs semés. Les plants repartiront sans problème. Le maïs sera ensilé vers la mi-septembre. Le bois quʼon voit à droite a été maintenu. Il fait trois hectares. On débroussaille le bord une ou deux fois par an. Il nʼy a pas eu de remembrement ici, mais des échanges de parcelles à lʼamiable. Pour intégrer lʼexploitation à son environnement, nous avons créé des haies, et mis à disposition de la commune des chemins pour les randonneurs. Cʼest agréable dʼavoir un peu de haies. Elles préservent les cultures quand il y a des coups de vent, évitent lʼérosion et le ruissellement, et abritent du petit gibier. "

" La photo a été prise sur une parcelle très en pente : il y a presque dix-huit mètres de différence entre le haut et le bas. Cʼest « tirant » et dangereux de travailler sur cette parcelle : il faut de la puissance et de lʼadhérence pour tirer les outils. La paille dʼorge en roundballers que lʼon voit a été moissonnée environ cinq jours avant la photo. Si le temps est propice, les bottes restent huit à dix jours dans la parcelle. Lʼavantage des roundballers par rapport aux bigballers, qui sont carrés, cʼest que la pluie pénètre moins facilement dans la paille en arrondi quʼà plat. Après la récolte dʼorge, il sera semé un maïs au printemps, puis soit un blé, soit une herbe fourragère. Les arbres en bas de la parcelle sont des chênes, mais il y a aussi des châtaigniers sur la gauche, et quelques merisiers sur la droite. Ils sont élagués environ tous les neuf ans. Derrière cette haie se cachent la vallée du Semnon et les bâtiments de la ferme. De lʼautre côté de la rivière, a droite des deux chênes isolés, le blé sera moissonné dans les heures qui suivent : on devine la moissonneuse batteuse juste au-dessus dʼeux. De lʼautre côté de la route, cʼest en herbe, et la parcelle plus foncée, à gauche, cʼest du trèfle violet pour semence, une légumineuse très riche en protéines pour lʼalimentation bovine : cʼest une plante qui stocke lʼazote de lʼair dans ses racines, pour le restituer à la culture suivante, bien souvent un blé gourmand en azote. "

" Nous sommes sur une ancienne zone de marais : toutes les parcelles sont entourées de canaux créés à lʼorigine pour assécher le marais. Ils servent maintenant au drainage du sol. Les roseaux du premier plan poussent le long dʼun de ces canaux, caché dans lʼombre. Pour dégager les clôtures des prairies, et pour que les roseaux ne gênent pas les cultures, je passe la barre de coupe tous les ans, avant lʼété. Les plus gros canaux sont entretenus par le service des Digues et Marais à qui je paie un impôt spécial. La réglementation impose une bande enherbée de dix mètres entre les cultures et les cours dʼeau, comme on voit ici entre le maïs et le canal : elle sert de piège aux produits phytosanitaires et aux nitrates, pour éviter la pollution de lʼeau. On dit souvent que le sol ici est très riche. En fait, il contient beaucoup dʼargile, ce qui fait quʼil sèche moins vite quʼailleurs. Quand des collègues du sud du département viennent ici en été et comparent la taille de notre maïs au leur, ils en déduisent que le sol est plus riche, mais cʼest juste quʼil contient plus dʼeau, conservée dans lʼargile. En contrepartie, ça rend la terre collante et plus diffi cile à travailler. Du coup, il faut jouer avec la météo : on retourne la terre en décembre pour exposer les mottes au gel. En gelant, lʼargile fait des cristaux, et la terre devient plus friable. Le vent est très, très souvent présent. Cela ne dérange pas les vaches, qui cherchent plutôt à rentrer à lʼétable quand il pleut, mais mʼoblige à faire attention lors dʼinterventions de désherbage : je le fais avant que le vent se lève, en général tôt le matin. Par contre, les bêtes ont besoin dʼombre : jʼai planté des saules pour quʼelles puissent sʼabriter. Le saule caractérise le marais, le paysage dʼici. Cʼest pas compliqué, y a quʼà planter une branche dans le sol et ça pousse tout seul ! Jʼai choisi du saule noir, car il a un plus beau port que le saule blanc : ici, cʼest mon cadre de vie et de travail, autant quʼil soit à mon goût. Au fond, sur la photo, on voit un saule blanc. Au premier plan, cʼest un jeune frêne. Ne cherchez pas de chênes par ici : sur la commune, à ma connaissance, il nʼy en a quʼun. Chez un voisin… "

" On est juste à la limite de lʼexploitation : la parcelle de gauche, semée en luzerne, est à mon voisin. Je cultive celle de droite. Elle a été semée en blé une quinzaine de jours avant que la photo soit prise. Cʼest du blé de la variété « Cap Horn ». Jʼai choisi cette variété tardive, car ici cʼest une terre profonde, le rocher est loin, et il y a un bon potentiel de rendement : une variété tardive permet de bien tirer profit dʼun tel sol. La terre est belle, fine, elle se travaille bien, même si il y a pas mal de cailloux. Ils datent de lʼépoque où il y avait dans les champs de nombreuses petites bâtisses en pierre, qui ont été abattues petit à petit. Il y a aussi les restes de haies qui ont été supprimées lors du remembrement, il y a vingt ans : ça laisse des traces, on sent encore la différence de terre. Sur cette seule parcelle, qui fait douze hectares, il y avait peut-être sept ou huit champs à lʼépoque… Le blé sera moissonné à la mi-juillet. Lʼannée prochaine, je ferai du maïs : jʼalterne maïs et blé dʼune année à lʼautre. Le colza, je le sème sur dʼautres parcelles, où il y a moins profond de terre. "

Ces photos sont extraites d'une série plus large, destinée à un projet de livre n'ayant pas (encore) trouvé d'éditeur...

 

Qui crée les paysages, et pourquoi sont-ils ainsi ?

 

« Paysages Paysans » est né de cette interrogation simple, de cette question que je me suis posée en parcourant la campagne d’Ille-et-Vilaine, département où j’ai vécu pendant plusieurs années.

La question en soulève de nombreuses autres, auxquelles ce projet cherche à donner corps et tente de répondre. Il s’intéresse pour cela aux acteurs les plus directs du paysage, les agriculteurs : Qui sont ces hommes et ces femmes qui façonnent le territoire par leur travail ? Quel rapport ont-ils avec « leur » paysage ? Un paysage agricole est-il seulement le résultat d’une logique de production ? Que révèle un paysage des pratiques de celui qui en travaille la terre ? Peut-on dire qu’il est à son image ?...

Le fil conducteur est une série de diptyques qui présentent en vis-à-vis un portrait d’agriculteur ou d’agricultrice, et un paysage photographié sur son exploitation : sont ainsi associés un paysage et celui qui l’entretient, ou le crée. En un texte court, l’agriculteur donne son commentaire explicatif du paysage en question.


D’autres images montrent des ambiances de ferme, des outils, des machines, du bétail, des cultures, etc.


Huit témoignages d’agriculteurs, recueillis par Jean-Marie Legaud, journaliste, et un texte du géographe Samuel Périchon apportent d’autres éléments de réflexion.